Trois années, une seule lettre : situer la pièce
Si vous trouvez cette pièce dans une boîte héritée, commencez par le revers. Sous le lien de la couronne figurent deux indications : la lettre A et l'année. La lettre ne varie jamais, puisque toutes les Cérès de 20 francs sortent de l'atelier de Paris. L'année se limite à 1849, 1850 ou 1851 ; aucun autre millésime n'existe pour ce type.
La répartition est très déséquilibrée. 1851 rassemble à lui seul environ les trois quarts des pièces, 1850 un peu moins d'un quart. 1849 n'atteint qu'une cinquantaine de milliers d'exemplaires d'après BDOR : c'est l'année que les collectionneurs cherchent en premier. Une Cérès 1849 se met donc de côté et se montre à un numismate avant toute autre démarche.
Pour lire le dernier chiffre sans abîmer la pièce, inclinez-la sous une lampe au lieu de la frotter. Sur un exemplaire usé, un chiffre presque effacé se déchiffre souvent mieux en lumière rasante qu'à plat. Notez l'année de chaque pièce sur une enveloppe en papier : ce simple relevé fait gagner du temps lors d'une estimation.
Sous la loupe : chiffres, oreille et signature
Avec une loupe qui grossit dix fois, trois détails séparent les variétés que reconnaît le catalogue Le Franc. Le premier tient à l'espacement des chiffres de la date : en 1849 comme en 1851, on rencontre une date aux chiffres rapprochés et une date aux chiffres plus écartés. Le plus simple est de poser la pièce à côté d'une autre de la même année.
Le deuxième détail ne touche que 1850. La déesse y porte soit une oreille placée haut, soit une oreille plus basse ; on en juge à la position du lobe et du pendant par rapport à la mèche qui la recouvre. Le troisième se lit près du bord de l'avers : sur les 1851, le nom « L. MERLEY » est suivi ou non d'un point, et la version sans point se montre moins souvent.
Il faut encore citer les pièces sur flan bruni, frappées pour être présentées et non pour circuler : leur champ réfléchit comme un miroir, les reliefs restent mats. Chacune des trois années en compte quelques-unes. Enfin, CoinVarieties signale au revers deux minuscules symboles, une main et une tête de chien, qu'une loupe permet de retrouver.
Une Cérès douteuse, ou une autre pièce ?
Avant de chercher une variété, assurez-vous que la pièce est authentique. Trois mesures font un premier tri : 6,45 g sur une balance au centième, 21 mm au pied à coulisse, une tranche dont les lettres en relief sont régulières. Sur les copies en or, le dessin se trahit souvent : grains de blé fondus entre eux, perles du collier floues. Une 1849 fabriquée en retouchant une pièce de 1850 ou 1851 se repère au dernier chiffre, au contour ou au champ voisin qui paraît repris. Le guide pour reconnaître une fausse pièce détaille ces gestes.
D'autres pièces se glissent parfois dans le même lot. Le 10 francs or de la même République reprend la tête de Merley, mais il pèse 3,23 g pour 19 mm. Les écus de 5 francs en argent montrent une autre Cérès, sur un module bien plus large (écus de 5 francs). Un 20 francs daté 1849 avec une figure ailée n'est pas une Cérès, mais le type au Génie frappé la même année. À partir de 1852, le profil de Louis-Napoléon Bonaparte occupe l'avers, avant le 20 francs Napoléon III. Quant aux 20 francs de Belgique, d'Italie ou de Suisse, de même poids, leur légende les désigne aussitôt (20 francs de l'Union latine).
Juger l'usure sur la tête de Cérès
Le dessin de Merley est chargé de petits reliefs, ce qui facilite l'examen de l'état. Ce qui dépasse s'use d'abord : le sommet de la couronne d'épis et la mèche posée au-dessus de l'oreille. Viennent ensuite la joue, le chignon et son ruban. Le collier et le pendant, très fins, s'effacent tôt.
Si chaque grain de blé reste distinct et si l'on compte encore les perles, la pièce se situe autour du TTB. Quand la couronne ne forme plus qu'une masse et que le collier se réduit à une ligne, on descend vers le TB. Au revers, les nervures des feuilles d'olivier et de chêne partent avant leur silhouette ; la devise, placée près du bord, résiste longtemps et renseigne peu.
Les 1851 se présentent fréquemment en TTB ou en SUP, avec de petits chocs dans les champs. Ne les frottez pas : un nettoyage efface le brillant d'origine pour de bon. Voyez le guide des états de conservation et pourquoi ne pas nettoyer une pièce.
De février 1848 au coup d'État : un type éphémère
En février 1848, Louis-Philippe abdique et la IIe République est proclamée. Le nouveau régime veut des monnaies à son image et met les graveurs en concurrence ; d'après BDOR, la sélection se termine le 31 octobre 1848. Pour l'or, Louis Merley l'emporte avec Cérès, la déesse romaine des moissons, d'où les épis. Entre-temps, Paris frappe en 1848 et 1849 un 20 francs au Génie, repris d'un modèle de la Révolution.
La Cérès entre en fabrication en 1849, en petites quantités. La production s'envole en 1850 puis en 1851, au moment où l'or découvert en Californie en 1848 gagne l'Europe. Le module, lui, ne bouge pas : 6,45 g d'or à 900 millièmes, comme depuis 1803.
Le coup d'État du 2 décembre 1851 clôt l'expérience. Dès 1852, le profil du prince-président remplace la déesse. Les Cérès restent pourtant dans les bourses et les tiroirs jusqu'à la guerre de 1914. Pour replacer la pièce dans son siècle, voyez les monnaies du XIXe siècle et les monnaies d'or.