Trier un lot de 20 francs étrangers
Une boîte retrouvée dans une maison de l'arrière-pays mêle souvent des napoléons français et quelques pièces d'or étrangères du même format. Pour les séparer sans rien abîmer, procédez dans l'ordre.
- Lisez la légende de l'avers. « ROI DES BELGES » ou « KONING DER BELGEN » : Belgique. « VITTORIO EMANUELE II » ou « RE D'ITALIA » : Italie. « CONFOEDERATIO HELVETICA » : Suisse. « REPUBLIQUE FRANÇAISE », « EMPIRE FRANÇAIS » ou le nom d'un roi de France : pièce française.
- Nommez le souverain. Léopold II et Humbert Ier fournissent le gros des lots. Un Léopold Ier, un Albert Ier ou un Victor-Emmanuel II sort déjà de l'ordinaire.
- Relevez la date, puis, sur les pièces italiennes, la lettre d'atelier du revers.
- Pesez et mesurez : 6,45 g et 21 mm pour toutes. L'usure ne retire que quelques centièmes de gramme.
Glissez chaque pièce dans une pochette à part, avec une étiquette au crayon : pays, souverain, année. Ce rangement suffit pour retrouver dans le tableau des millésimes les dates à faible tirage, en particulier les Helvetia de 1887 et 1888 et les 20 lires frappées à Rome sous Victor-Emmanuel II. Ne frottez aucune pièce pour lire une date : une loupe et une lampe rasante font mieux.
Les 20 lires de la maison de Savoie
Avant de régner sur l'Italie, Victor-Emmanuel II était roi de Sardaigne, un État dont la capitale était Turin. Depuis 1816, ce royaume frappait à Turin et à Gênes une lire calée sur le franc, au même poids et au même titre. Ses 20 lires d'avant 1861 ont donc le format des pièces de l'Union, mais leur légende donne un titre de roi de Sardaigne, sans « REGNO D'ITALIA ».
En 1861, la lire sarde devient la lire du nouveau royaume d'Italie. Sous Victor-Emmanuel II, trois ateliers produisent des 20 lires : Turin (T), Milan (M), puis Rome (R) dans les années 1870. À Turin et à Milan, la lettre est accompagnée des initiales « BN », celles de la Banca Nazionale. Le règne totalise environ 11,7 millions de pièces de 1861 à 1878, mais la première année turinoise n'en a laissé que quelques milliers. Humbert Ier en fait frapper environ 8,8 millions de 1879 à 1897, toutes à Rome ; ses années 1884, 1889, 1891, 1893 et 1897 sont les moins fréquentes.
Les Italiens appellent ces pièces des marengos. Le nom remonte au 20 francs d'or émis par la République subalpine pour célébrer la victoire de Bonaparte à Marengo, le 14 juin 1800. Il s'est ensuite étendu aux 20 lires de l'Union, exactement comme « napoléon » chez nous.
À la loupe : variétés, usure et faux
Pièces belges. Le portrait de Léopold II porte d'abord une barbe épaisse et peu détaillée (1867-1870), puis une barbe plus fine. Faites tourner la pièce sur son axe vertical : selon les dates, le revers apparaît à l'endroit ou tête-bêche, deux positions recensées par les catalogues. Une variété de 1865 montre une signature mal orthographiée, « L. WINNER ».
Helvetia. Sur les millésimes 1893 et 1895, un minuscule poinçon au centre de l'écu et un or plus pâle signalent le métal extrait de la mine de Gondo, en Valais : quelques dizaines de pièces au total.
Usure. Les premiers reliefs à s'aplatir sont la barbe et les cheveux au-dessus de l'oreille de Léopold II, la moustache des rois italiens, la chevelure et le diadème d'Helvetia. Au revers, suivez la crinière des lions belges, la croix et le collier qui entourent l'écu de Savoie, les feuilles de la couronne suisse. Une soudure ou une trace d'anneau sur la tranche trahit un ancien montage en bijou ; des rayures fines et parallèles, un nettoyage. L'échelle est décrite dans le guide états de conservation.
Faux. Les dates italiennes rares sont les plus copiées, au point qu'une bonne partie des exemplaires proposés seraient des contrefaçons, parfois en or. Contrôlez le poids, le diamètre, la netteté de la tranche et la logique entre souverain, année et atelier : un Humbert Ier marqué T ou M doit faire douter. La méthode est détaillée dans reconnaître une fausse pièce.
Même format, autres pièces
Le module de 21 mm et 6,45 g a été repris bien au-delà des quatre pays fondateurs, d'où des confusions fréquentes.
- Le Vreneli suisse, à partir de 1897 : jeune femme aux tresses devant des sommets, légende « HELVETIA ». Il a sa propre fiche, le 20 francs Vreneli.
- Les 20 lires de Victor-Emmanuel III, frappées au XXe siècle, avec un autre portrait et d'autres revers ; certaines dates ont des tirages minuscules.
- Les pièces d'or de Monaco : Charles III puis Albert Ier ont fait frapper des 20 et des 100 francs. La principauté était liée à l'Union par accord, sans en être membre.
- Les 20 drachmes grecques, la Grèce ayant rejoint l'Union en 1868, et les 8 florins austro-hongrois, conçus pour correspondre à 20 francs.
- Les 20 francs français, reconnaissables à « EMPIRE FRANÇAIS », « REPUBLIQUE FRANÇAISE » ou au nom du souverain : voir le 20 francs Napoléon Ier, le 20 francs Napoléon III et le 20 francs Cérès.
Repères chronologiques, de 1861 à 1927
- 1861 : proclamation du royaume d'Italie ; les premières 20 lires « REGNO D'ITALIA » sortent de l'atelier de Turin.
- 1865 : la Belgique émet l'unique 20 francs de Léopold Ier. Le 23 décembre, à Paris, la France, la Belgique, l'Italie et la Suisse signent la convention de l'Union monétaire latine : mêmes poids et mêmes titres pour l'or et l'argent, et pièces d'or des membres admises dans les caisses publiques des autres.
- 1867-1882 : Léopold II fait frapper ses 20 francs par millions.
- 1868 : adhésion de la Grèce.
- 1879-1897 : 20 lires d'Humbert Ier, toutes frappées à Rome.
- 1883-1896 : la Suisse frappe l'Helvetia, avant de passer au Vreneli.
- 1914 : Albert Ier fait frapper un seul millésime. En France, la loi du 5 août suspend la convertibilité du billet en or ; l'or disparaît des paiements et se garde à la maison.
- 1925-1927 : la Belgique dénonce la convention fin 1925 ; l'Union est dissoute le 1er janvier 1927.
Pendant un demi-siècle, ces pièces ont donc circulé d'un pays membre à l'autre, avant de dormir dans les coffres et les tiroirs. Pour situer les autres pièces de même métal ou de même origine, voir les monnaies en or et les monnaies étrangères.