Pourquoi « 1780 » ne date pas votre pièce
Marie-Thérèse gouverne les terres des Habsbourg de 1740 à sa mort, en novembre 1780. Son nom apparaît sur des thalers dès 1741, avec la date réelle de frappe et des portraits qui vieillissent avec elle. En 1750, un nouveau pied monétaire fixe la pièce à un dixième de marc de Vienne d'argent à 833 millièmes, soit environ 23,39 g de métal fin ; la convention conclue avec la Bavière en 1753 diffuse cette norme dans une grande partie de l'Allemagne.
À la mort de l'impératrice, les ateliers ne passent pas au portrait de son successeur pour cette pièce : ils continuent à la frapper telle quelle, datée 1780. Les marchands du Levant, d'Arabie et d'Éthiopie la connaissaient et ne voulaient pas d'un autre dessin. En 1857, François-Joseph en fait officiellement une monnaie de commerce ; elle cesse d'être monnaie légale en Autriche le 31 octobre 1858, mais on la frappe toujours pour l'exportation.
Au XXe siècle, l'Italie, puis le Royaume-Uni à Londres et à Bombay, en produisent à leur tour, en très grand nombre pendant la Seconde Guerre mondiale. Après 1961, l'Autriche obtient l'arrêt de ces frappes étrangères ; Londres s'y plie en 1962. Seule la Monnaie de Vienne en fabrique encore. Une même date couvre donc plus de deux siècles de production.
Classer un thaler : broche, initiales, queue de l'aigle
Posez la pièce sous une bonne lumière et prenez une loupe. Quatre détails orientent le classement.
- La broche sur l'épaule : les frappes d'époque de Günzburg ont un dessin particulier (type I du classement Hafner) ; les variétés viennoises anciennes montrent une broche à perles, de quatre à huit selon les coins.
- Les initiales sous le buste : S. F. pour Günzburg et les refrappes, d'autres lettres pour Prague, Kremnitz, Karlsburg, Milan ou Venise.
- La queue de l'aigle au revers : plumes disposées en 1-3-1 sur les refrappes viennoises depuis 1853, en 1-2-1 sur les frappes britanniques et indiennes de 1936 à 1961.
- L'aspect : une pièce au poids juste, au dessin net, sans la moindre trace de circulation, sort presque toujours de la Monnaie de Vienne après 1946.
Aucun de ces indices ne tranche à lui seul : les initiales S. F. figurent aussi sur les pièces récentes, et certains détails dits modernes existent sur des frappes anciennes. Une attribution sérieuse passe par la comparaison avec le classement de référence.
Trous, poinçons, usure : ce que racontent les marques
Beaucoup de thalers ont réellement servi, parfois très longtemps, en Éthiopie, au Yémen ou autour du golfe Persique. L'usure commence sur l'avers : les plis du voile, la broche et le haut du buste s'aplatissent d'abord, puis la joue et le menton. Au revers, la couronne, les petits quartiers de l'écu et les plumes des ailes perdent leur netteté. Sur la tranche, des lettres effacées ou des ornements écrasés signalent un long usage.
Les pièces revenues d'Afrique ou du Proche-Orient portent souvent des marques de leur histoire : poinçons de contrôle, coups, trou de suspension, anneau soudé. Le thaler servait aussi de bijou ; on le cousait sur un vêtement ou on le portait en collier. Ces traces sont intéressantes pour l'histoire de la pièce, mais les collectionneurs de variétés préfèrent des exemplaires intacts.
Les refrappes récentes n'ont pas d'usure : on y regarde plutôt les marques de contact et les taches. Une patine sombre et régulière est normale sur l'argent ; ne la retirez pas, le guide nettoyer une pièce explique pourquoi. L'échelle des états est détaillée dans le guide des états de conservation.
Sosies, imitations et copies
Plusieurs pièces peuvent se glisser à côté d'un thaler de Marie-Thérèse dans une même boîte.
- Les thalers à date réelle frappés de son vivant, de 1741 à 1780 : date variable, portrait différent selon les années.
- Les thalers de convention de Joseph II, de Léopold II ou de princes allemands : format voisin, mais autre souverain et autre légende.
- Le tallero d'Érythrée, créé par l'Italie en 1890 au buste d'Humbert Ier, et les thalers de Ménélik II d'Éthiopie, à l'effigie de l'empereur et au lion.
- Les éditions commémoratives de la Monnaie de Vienne, comme celle de 2017 pour les 300 ans de la naissance de l'impératrice, qui portent une autre date ou une mention particulière.
Les imitations de circulation, fabriquées sur place en Afrique ou au Proche-Orient, pèsent souvent moins de 28 g et contiennent parfois peu ou pas d'argent. Les faux modernes visent les variétés rares ; un poids inexact ou une tranche mal formée les trahit. Les souvenirs en métal argenté sont légers et sonnent mat. Les contrôles de base sont réunis dans le guide reconnaître une fausse pièce ; pour les autres pièces d'Europe centrale, voyez les monnaies étrangères et les monnaies d'argent.