Aller au contenu
Monnaies françaises · XIXe siècle

Écus de 5 francs en argent (1795-1878)

1795-1878 · Argent

Fiche rédigée par l'équipe de Maison Or & Bijoux Mougins · mise à jour le

Écu de 5 francs en argent de 1811, revers « Empire français »
Photo : Maison Or & Bijoux Strasbourg.
Fiche technique
MétalArgent 900 ‰
Poids25 g
Argent fin22,5 g
Diamètre37 mm
TrancheInscrite (légende selon le régime)
Années de frappeAn 4 (1795-1796) à 1878
AteliersA (Paris), BB, K (Bordeaux), et selon les époques D (Lyon), W (Lille), Q (Perpignan), T (Nantes), MA (Marseille) et d'autres
Catégoriesfrançaises, argent

Une grosse pièce blanche de 37 mm, lourde dans la main, avec un portrait ou trois personnages debout : c'est presque toujours un écu de 5 francs. Ce module de 25 g d'argent a traversé huit régimes, du Directoire à la IIIe République, et il a servi jusqu'en 1914. Pour savoir lequel vous avez, il suffit de suivre la chronologie.

Identification

Écus de 5 francs en argent (1795-1878) : reconnaître la pièce

Avers

Il change avec le pouvoir en place. Trois figures debout (Hercule entre la Liberté et l'Égalité) sous la devise « UNION ET FORCE » pour le Directoire, puis « LIBERTE EGALITE FRATERNITE » en 1848 et sous la IIIe République. Un portrait nominatif pour les monarques : « NAPOLEON EMPEREUR », « LOUIS XVIII ROI DE FRANCE », « CHARLES X ROI DE FRANCE », « LOUIS PHILIPPE I ROI DES FRANÇAIS », « NAPOLEON III EMPEREUR ». Une tête de Cérès avec « REPUBLIQUE FRANÇAISE » en 1849-1851, puis de nouveau en 1870-1871, avec ou sans légende.

Écu de 5 francs en argent de 1811, revers « Empire français »

Revers

Deux grands dessins : soit « 5 FRANCS » inscrit dans une couronne de feuillage (types républicains, Napoléon Ier, Louis-Philippe), soit un écu d'armoiries surmonté d'une couronne (Louis XVIII, Charles X, Napoléon III tête laurée). Dans tous les cas, on y lit la date, la lettre de l'atelier et deux petits symboles appelés différents.

Tranche
Lettrée. On y lit « GARANTIE NATIONALE » sur l'Hercule du Directoire, « DOMINE SALVUM FAC REGEM » sur Louis XVIII et Charles X, « DIEU PROTEGE LA FRANCE » sur la majorité des autres. Les écus de Louis-Philippe de 1830-1831 existent avec des lettres en creux ou en relief.
Graveur
Augustin Dupré dessine l'Hercule de 1795, repris en 1848 et sous la IIIe République. Pierre-Joseph Tiolier puis Joseph-François Domard gravent Louis-Philippe, Eugène-André Oudiné la Cérès, Jean-Jacques Barre et son fils Albert-Désiré Barre les portraits de Louis-Napoléon puis de Napoléon III.
Millésimes et tirages

Écus de 5 francs en argent (1795-1878) : les dates à connaître

Plusieurs centaines de combinaisons date-atelier existent : ce tableau n'en retient que des repères, rangés par type, pour situer une pièce. Les lignes « n. c. » signalent un tirage introuvable de façon fiable. Une date peu frappée ne fait pas tout : un exemplaire très usé reste un exemplaire très usé.

Écus de 5 francs en argent (1795-1878) : millésimes et tirages
TypeAnnéeAtelierTirageRemarque
Hercule, DirectoireAn 4An. c.Première année, Paris seul.
Hercule, DirectoireAn 5 à an 9BBn. c.Une frappe BB chaque année.
Napoléon Empereur1809 à 1814A, BB et autresn. c.Revers « EMPIRE FRANÇAIS ».
Napoléon, Cent-Jours1815A et autresn. c.Frappe courte après le retour d'Elbe.
Louis XVIII tête nue1816 à 1824A, BB et autresn. c.Tranche « DOMINE SALVUM FAC REGEM ».
Charles X1824 à 1830A, BB et autresn. c.Deux portraits successifs.
Louis-Philippe, Tiolier et Domard1830 à 1831A, BB et autresn. c.Une dizaine de variétés et plus.
Louis-Philippe, IIe type Domard1837BB599 830Plus faible tirage BB du type.
Hercule, IIe République1848A16 648 144Courante.
Hercule, IIe République1848BB2 300 304Courante.
Hercule, IIe République1848D146 008Lyon, faible tirage.
Hercule, IIe République1849A29 337 998Très courante.
Hercule, IIe République1849BB2 594 259Courante.
Cérès, IIe République1849 à 1851A, BB et autresn. c.Tête de Cérès d'Oudiné.
Napoléon III tête nue1854 à 1859A et autresn. c.Portrait signé Barre.
Napoléon III tête laurée1867BB4 337 636Courante.
Napoléon III tête laurée1870A6 246 264Courante.
Napoléon III tête laurée1870BB (Strasbourg)2 022 004Dernier écu de l'atelier BB.
Cérès sans légende1870K569 662Défense nationale, seul type à K cette année.
Hercule, Défense nationale1870A335 609Retour de l'Hercule.
Hercule1871A237 906Différent abeille.
Hercule, Commune de Paris1871A256 410Différent trident, dit « Camélinat ». Recherchée.
Hercule1872K20 994Très faible tirage, rare.
Hercule1873A26 974 890La plus fréquente de la IIIe République.
Hercule1874K4 000 000Courante.
Hercule1876A8 800 000Courante.
Hercule1877K660 863Peu courante.
Hercule1878K363 130Dernière année, peu courante.
Hercule1878An. c.Frappe minime, rare.

Chiffres de BDOR (Hercule 1848-1849, Louis-Philippe 1837, Hercule 1872-1878) et de CoinVarieties, d'après Le Franc (2014), pour 1867, 1870 et 1871 ; Krause donne 4 224 000 pour 1867 BB. Dates et ateliers du Directoire d'après Le Franc (F.288). « n. c. » : tirage non connu de source sûre.

Huit régimes, un même module : la frise des types

L'écu de 5 francs garde le même poids et le même diamètre pendant plus de quatre-vingts ans. Seuls le dessin et les légendes suivent l'histoire politique. Dans l'ordre :

  • 1795-1803, Directoire et Consulat : le groupe d'Hercule d'Augustin Dupré, daté selon le calendrier républicain (an 4, an 5…).
  • 1803-1815, Bonaparte puis Napoléon : le portrait du Premier consul, puis de l'Empereur ; le revers finit par porter « EMPIRE FRANÇAIS ». Les Cent-Jours de 1815 ont leur propre émission.
  • 1814-1830, Restauration : Louis XVIII, puis Charles X, avec les armes de France couronnées.
  • 1830-1848, Louis-Philippe : un premier portrait de Tiolier, puis plusieurs de Domard, le revers revenant à la couronne de feuillage.
  • 1848-1852, IIe République : retour de l'Hercule, puis la tête de Cérès d'Oudiné.
  • 1852-1870, Second Empire : Napoléon III tête nue, puis tête laurée avec les armes impériales.
  • 1870-1878 : une Cérès de la Défense nationale, puis l'Hercule de la IIIe République jusqu'à l'arrêt de la frappe.

La loi du 28 thermidor an III (15 août 1795) avait créé le franc ; celle du 7 germinal an XI (1803) le fixe à 5 g d'argent à 900 ‰, d'où les 25 g de l'écu. En 1878, la baisse de l'argent face à l'or pousse l'Union latine à suspendre la frappe. Repérez d'abord la famille de dessin, puis la date : vous savez alors à quelle ligne du tableau vous reporter.

À la loupe : tranche, lettre d'atelier, différents

Prenez une loupe ×10 et tournez la pièce. La tranche confirme le régime : une tranche royale « DOMINE SALVUM FAC REGEM » sur un Hercule serait une anomalie. Les lettres doivent être régulières, bien alignées, sans bavure.

Au revers, la lettre d'atelier dit où la pièce a été frappée : A pour Paris, K pour Bordeaux, D pour Lyon, W pour Lille, Q pour Perpignan, MA pour Marseille, et d'autres selon les époques. Paris domine largement les tirages.

De part et d'autre, deux différents, très petits, désignent le directeur de l'atelier et le graveur. Ils séparent des pièces de même date et de même lettre. L'exemple classique est 1871 A : un différent abeille d'un côté, un trident de l'autre. Le trident correspond à la frappe faite pendant la Commune, sous la direction de Zéphirin Camélinat. Sous le Directoire, cherchez aussi les chiffres regravés (an 6 sur an 5, an 8 sur an 5) : les coins resservaient d'une année sur l'autre. Pour le rôle de chaque atelier, voyez les ateliers monétaires.

Pièces voisines qu'on prend pour un écu français

À partir de 1865, la Belgique, la Suisse et l'Italie partagent avec la France le système de l'Union latine. Leurs pièces de 5 francs ou de 5 lires en argent ont le même poids (25 g), le même titre (900 ‰) et le même diamètre : dans une boîte de famille, elles se mêlent aux écus français. Le royaume de Sardaigne frappait déjà une pièce de 5 lires de 25 g à 900 ‰ depuis 1816. La légende et le portrait (Léopold, Victor-Emmanuel, Helvetia) suffisent à les reconnaître. Voir les pièces de l'Union latine et les monnaies étrangères.

Plus récente, la 5 francs Semeuse en argent des années 1960 reprend une figure de femme, mais elle est bien plus légère et plus petite. Enfin, des médailles et jetons au module de l'écu reprennent l'Hercule ou un portrait royal : ils ne portent ni la mention « 5 FRANCS » ni lettre d'atelier. Avant le franc, l'Ancien Régime frappait ses propres écus d'argent, d'un tout autre dessin : ils sont présentés sur la page des écus royaux en argent.

Écus douteux : copies, faux d'époque, pièces nettoyées

Deux sortes de fausses pièces existent. Les faux d'époque, fabriqués pour circuler, sont souvent en étain ou en alliage pauvre : ils paraissent gris, sonnent sourd et pèsent moins de 25 g. Les copies modernes, plus soignées, visent les types recherchés. Une pièce coulée trahit sa fabrication par des grains en surface, des lettres arrondies et une tranche floue.

Trois mesures suffisent pour un premier tri : la balance (25 g, un peu moins sur une pièce usée), le pied à coulisse (37 mm) et l'aimant, qui ne doit pas attirer la pièce. La tranche doit être nette. Pour aller plus loin, lisez le guide reconnaître une fausse pièce.

Autre piège, plus fréquent : l'écu authentique mais nettoyé. Frotté au produit à argenterie, il prend une teinte blanche uniforme et perd ses reflets d'origine ; les collectionneurs le délaissent. Laissez la patine telle quelle et lisez pourquoi ne pas nettoyer une pièce.

Juger l'usure d'un écu

Ces pièces ont servi longtemps : la plupart sont en état beau ou très beau, et les exemplaires sans usure sont rares avant 1848. Le premier relief qui s'efface dépend du dessin.

  • Hercule : la poitrine et le genou du héros, la main posée sur l'épaule de la Liberté, puis les plis des drapés.
  • Portraits : les mèches au-dessus de l'oreille, la pommette, les feuilles de laurier ; chez Louis-Philippe, les boucles de la nuque.
  • Revers : les nervures de la couronne de feuillage, ou le détail des armoiries et de la couronne.

Le poids de l'écu le rend sensible aux chocs : coups sur la tranche, marques dans le champ, rayures. Notez-les, car ils comptent autant que l'usure dans le classement. L'échelle utilisée (B, TB, TTB, SUP) est expliquée dans le guide des états de conservation. Pour replacer l'écu parmi les autres pièces de son siècle, voyez les monnaies françaises du XIXe siècle et les monnaies en argent.

À Mougins

Écus de 5 francs en argent (1795-1878) en Côte d'Azur

Jusqu'en 1860, Mougins et tout l'arrondissement de Grasse faisaient partie du département du Var ; de l'autre côté du fleuve Var, le comté de Nice relevait du royaume de Sardaigne. Depuis 1816, ce royaume frappait des pièces de 5 lires au même poids et au même titre que l'écu français, si bien que les deux monnaies pouvaient s'utiliser l'une pour l'autre. En 1860, le comté de Nice est rattaché à la France et l'arrondissement de Grasse rejoint le nouveau département des Alpes-Maritimes. Il n'est donc pas surprenant de trouver, dans une boîte de pièces du pays de Grasse, des écus français à côté de 5 lires sardes ou italiennes.

Écus de 5 francs en argent (1795-1878) : questions fréquentes

Mon écu est daté « AN 7 » : quelle année est-ce ?

C'est le calendrier républicain. L'an 7 court de septembre 1798 à septembre 1799. Les écus Hercule du Directoire portent des dates de ce calendrier, à partir de l'an 4.

J'ai une pièce de 5 lires qui ressemble à mon écu : est-ce la même chose ?

Elle suit le même standard : 25 g d'argent à 900 ‰, 37 mm. C'est une pièce sarde ou italienne, avec sa propre liste de dates et d'ateliers ; elle n'entre pas dans le tableau des écus français.

Faut-il frotter un écu noirci pour lire la date ?

Non. Une loupe et une lumière rasante suffisent le plus souvent. Le nettoyage laisse des rayures et une teinte artificielle qui font perdre à la pièce son intérêt pour un collectionneur.

Comment savoir à quel régime appartient mon écu sans lire la légende ?

Regardez la tranche : « GARANTIE NATIONALE » pour l'Hercule du Directoire, « DOMINE SALVUM FAC REGEM » pour Louis XVIII et Charles X, « DIEU PROTEGE LA FRANCE » pour la plupart des autres. Un numismate peut confirmer le type lors d'une estimation gratuite.