Huit régimes, un même module : la frise des types
L'écu de 5 francs garde le même poids et le même diamètre pendant plus de quatre-vingts ans. Seuls le dessin et les légendes suivent l'histoire politique. Dans l'ordre :
- 1795-1803, Directoire et Consulat : le groupe d'Hercule d'Augustin Dupré, daté selon le calendrier républicain (an 4, an 5…).
- 1803-1815, Bonaparte puis Napoléon : le portrait du Premier consul, puis de l'Empereur ; le revers finit par porter « EMPIRE FRANÇAIS ». Les Cent-Jours de 1815 ont leur propre émission.
- 1814-1830, Restauration : Louis XVIII, puis Charles X, avec les armes de France couronnées.
- 1830-1848, Louis-Philippe : un premier portrait de Tiolier, puis plusieurs de Domard, le revers revenant à la couronne de feuillage.
- 1848-1852, IIe République : retour de l'Hercule, puis la tête de Cérès d'Oudiné.
- 1852-1870, Second Empire : Napoléon III tête nue, puis tête laurée avec les armes impériales.
- 1870-1878 : une Cérès de la Défense nationale, puis l'Hercule de la IIIe République jusqu'à l'arrêt de la frappe.
La loi du 28 thermidor an III (15 août 1795) avait créé le franc ; celle du 7 germinal an XI (1803) le fixe à 5 g d'argent à 900 ‰, d'où les 25 g de l'écu. En 1878, la baisse de l'argent face à l'or pousse l'Union latine à suspendre la frappe. Repérez d'abord la famille de dessin, puis la date : vous savez alors à quelle ligne du tableau vous reporter.
À la loupe : tranche, lettre d'atelier, différents
Prenez une loupe ×10 et tournez la pièce. La tranche confirme le régime : une tranche royale « DOMINE SALVUM FAC REGEM » sur un Hercule serait une anomalie. Les lettres doivent être régulières, bien alignées, sans bavure.
Au revers, la lettre d'atelier dit où la pièce a été frappée : A pour Paris, K pour Bordeaux, D pour Lyon, W pour Lille, Q pour Perpignan, MA pour Marseille, et d'autres selon les époques. Paris domine largement les tirages.
De part et d'autre, deux différents, très petits, désignent le directeur de l'atelier et le graveur. Ils séparent des pièces de même date et de même lettre. L'exemple classique est 1871 A : un différent abeille d'un côté, un trident de l'autre. Le trident correspond à la frappe faite pendant la Commune, sous la direction de Zéphirin Camélinat. Sous le Directoire, cherchez aussi les chiffres regravés (an 6 sur an 5, an 8 sur an 5) : les coins resservaient d'une année sur l'autre. Pour le rôle de chaque atelier, voyez les ateliers monétaires.
Pièces voisines qu'on prend pour un écu français
À partir de 1865, la Belgique, la Suisse et l'Italie partagent avec la France le système de l'Union latine. Leurs pièces de 5 francs ou de 5 lires en argent ont le même poids (25 g), le même titre (900 ‰) et le même diamètre : dans une boîte de famille, elles se mêlent aux écus français. Le royaume de Sardaigne frappait déjà une pièce de 5 lires de 25 g à 900 ‰ depuis 1816. La légende et le portrait (Léopold, Victor-Emmanuel, Helvetia) suffisent à les reconnaître. Voir les pièces de l'Union latine et les monnaies étrangères.
Plus récente, la 5 francs Semeuse en argent des années 1960 reprend une figure de femme, mais elle est bien plus légère et plus petite. Enfin, des médailles et jetons au module de l'écu reprennent l'Hercule ou un portrait royal : ils ne portent ni la mention « 5 FRANCS » ni lettre d'atelier. Avant le franc, l'Ancien Régime frappait ses propres écus d'argent, d'un tout autre dessin : ils sont présentés sur la page des écus royaux en argent.
Écus douteux : copies, faux d'époque, pièces nettoyées
Deux sortes de fausses pièces existent. Les faux d'époque, fabriqués pour circuler, sont souvent en étain ou en alliage pauvre : ils paraissent gris, sonnent sourd et pèsent moins de 25 g. Les copies modernes, plus soignées, visent les types recherchés. Une pièce coulée trahit sa fabrication par des grains en surface, des lettres arrondies et une tranche floue.
Trois mesures suffisent pour un premier tri : la balance (25 g, un peu moins sur une pièce usée), le pied à coulisse (37 mm) et l'aimant, qui ne doit pas attirer la pièce. La tranche doit être nette. Pour aller plus loin, lisez le guide reconnaître une fausse pièce.
Autre piège, plus fréquent : l'écu authentique mais nettoyé. Frotté au produit à argenterie, il prend une teinte blanche uniforme et perd ses reflets d'origine ; les collectionneurs le délaissent. Laissez la patine telle quelle et lisez pourquoi ne pas nettoyer une pièce.
Juger l'usure d'un écu
Ces pièces ont servi longtemps : la plupart sont en état beau ou très beau, et les exemplaires sans usure sont rares avant 1848. Le premier relief qui s'efface dépend du dessin.
- Hercule : la poitrine et le genou du héros, la main posée sur l'épaule de la Liberté, puis les plis des drapés.
- Portraits : les mèches au-dessus de l'oreille, la pommette, les feuilles de laurier ; chez Louis-Philippe, les boucles de la nuque.
- Revers : les nervures de la couronne de feuillage, ou le détail des armoiries et de la couronne.
Le poids de l'écu le rend sensible aux chocs : coups sur la tranche, marques dans le champ, rayures. Notez-les, car ils comptent autant que l'usure dans le classement. L'échelle utilisée (B, TB, TTB, SUP) est expliquée dans le guide des états de conservation. Pour replacer l'écu parmi les autres pièces de son siècle, voyez les monnaies françaises du XIXe siècle et les monnaies en argent.