Trier les trois rois sur la table
Posez les pièces côté revers. Celles qui montrent un écu couronné aux fleurs de lys appartiennent à la Restauration : Louis XVIII ou Charles X. Celles qui portent simplement « 20 FRANCS » dans une couronne sont soit de Louis-Philippe, soit plus anciennes ou plus récentes, et il faut alors lire l'avers.
Retournez le premier tas. Louis XVIII apparaît d'abord en habit, avec des broderies sur l'épaule, en 1814 et 1815, puis le cou nu de 1816 à 1824. Charles X, de 1825 à 1830, se repère à son nom et à la signature MICHAUT sous le cou. Dans le second tas, la formule « ROI DES FRANÇAIS » isole Louis-Philippe : tête nue en 1830-1831, couronnée de laurier ensuite.
La tranche confirme le classement. La formule latine « DOMINE SALVUM FAC REGEM » appartient aux deux rois de la Restauration ; « DIEU PROTEGE LA FRANCE » revient avec Louis-Philippe. En quelques minutes, une boîte mélangée se range ainsi par règne, avant même de chercher les dates.
Trente-quatre ans de portraits
Le système de 1803 survit à l'Empire. En 1814, Louis XVIII conserve le poids, le titre et le module, et change seulement l'effigie et les légendes. Pendant les Cent-Jours, alors que Napoléon a repris la frappe en France, une partie des 20 francs royaux datés 1815 est fabriquée à Londres.
Revenu à Paris, le roi adopte en 1816 un nouveau portrait, cou nu, gravé par Michaut. Ce graveur réalise aussi l'effigie de Charles X, roi à partir de 1824, dont les 20 francs commencent en 1825. Les journées de juillet 1830 changent la dynastie : Louis-Philippe se dit « roi des Français », et les lys quittent le revers. Une première tête nue, gravée par Tiolier, cède la place en 1832 à la tête laurée de Domard, qui tient jusqu'en 1848.
Au fil de la période, l'or se concentre dans quelques ateliers : neuf lettres sous Louis XVIII, surtout Paris et Lille sous Louis-Philippe. Ces pièces conservent leur pouvoir libératoire longtemps après leur règne et circulent jusqu'en 1914. Pour le cadre général, voyez les monnaies du XIXe siècle.
Les millésimes qui méritent la loupe
Les années à petit tirage se trouvent d'abord dans les ateliers de province : 853 pièces pour 1816 L, 1 253 pour 1822 H, 2 001 pour 1824 MA. Paris a aussi ses années creuses, avec 939 pièces seulement en 1845.
Les variétés demandent un œil patient. Sur les 1814, le 4 de la date est court ou long. En 1815, Bordeaux, Bayonne et Perpignan ont regravé un 5 sur le 4 de l'année précédente, et le petit symbole de Bayonne ou de Perpignan, fleur ou grappe, est couché ou debout selon les coins. Sous Charles X, la branche de la couronne compte quatre feuilles et demie ou cinq feuilles. Certains 1830 de Paris montrent un 0 gravé sur un 9.
Ces dates rares attirent la fraude. Une lettre d'atelier ou un chiffre peuvent être retouchés sur une pièce banale : examinez le métal autour d'eux. Il circule aussi des contrefaçons en or, reconnaissables à un portrait sans netteté et à des lettres de tranche irrégulières. Vérifiez 6,45 g et 21 mm, puis suivez le guide sur les fausses pièces.
Les pièces voisines à ne pas mélanger
Le 20 francs Napoléon Ier partage exactement le poids et le module. Sa légende impériale le distingue, mais l'année 1815 réunit des pièces royales et des pièces des Cent-Jours : lisez toujours le nom.
Les mêmes rois ont fait frapper un 40 francs or aux portraits identiques, plus large (26 mm) et deux fois plus lourd. Leurs écus de 5 francs en argent reprennent aussi ces effigies, sur 37 mm. Après 1848, la République adopte d'autres dessins, comme le 20 francs Cérès.
Enfin, les catalogues signalent des épreuves sur flan bruni en 1814, 1815, 1830, 1832 et 1846 : leurs champs en miroir les distinguent des pièces de circulation. Elles sont rares, et une pièce simplement polie par un ancien propriétaire peut leur ressembler : le poli laisse des rayures fines, absentes d'une vraie épreuve.
Repérer l'usure, roi par roi
La plupart de ces pièces ont beaucoup circulé : on les trouve surtout en TB ou en TTB. Sur les portraits, la mèche au-dessus de l'oreille et la joue se lissent les premières. Le buste en habit de 1814-1815 perd vite les plis et les broderies. Sur la tête laurée de Louis-Philippe, fiez-vous aux nervures des feuilles.
Au revers de la Restauration, observez le centre des fleurs de lys et la couronne au-dessus de l'écu : ils s'aplatissent avant les branches de laurier. Au revers de Louis-Philippe, les feuilles de la couronne restent séparées en TTB et se fondent en une masse en TB. Un exemplaire SUP garde un éclat d'origine autour des lettres.
Ne nettoyez rien : un frottement laisse des rayures fines qui ne partent plus. Voyez le guide des états de conservation et la page sur le nettoyage des pièces.