La grande pièce de la boîte
Quand on vide une boîte de pièces d'or héritée, le 40 francs est souvent la plus grande du lot. Mesurez-la : 26 mm, alors que les 20 francs du même siècle font 21 mm. Pesez-la : 12,90 g, exactement le double. Le revers confirme avec « 40 FRANCS » ou, sous la Restauration, « 40 F. » sous l'écu.
Trois autres pièces peuvent semer le doute. Le 50 francs or de Napoléon III et de la IIIe République est encore plus large, 28 mm pour 16,13 g, et toujours daté après 1855. Le double louis d'Ancien Régime a un format proche, mais sa légende est en latin et sa date antérieure à 1793. Enfin, d'autres États ont frappé des 40 en or au même standard, comme les 40 lire d'Italie ou de Parme : la légende n'y est pas en français.
Les portraits, eux, sont ceux des 20 francs : le 20 francs Napoléon Ier et les 20 francs des rois de 1814 à 1848. Seuls la taille et le revers séparent les deux dénominations.
Cinq souverains, onze types
La loi du 7 germinal an XI crée deux pièces d'or, le 20 et le 40 francs, ce dernier taillé à 77,5 pièces au kilogramme. Il accompagne les grands paiements, tandis que le 20 francs sert au quotidien.
Sous le Consulat et l'Empire, le 40 francs suit les dessins du 20 francs : Premier Consul, tête nue, type transitoire de 1807, tête laurée au revers République, puis revers Empire de 1809 à 1813. Aucun 40 francs n'est frappé pendant les Cent-Jours. Turin le produit dès l'an 14, Gênes en 1813.
Louis XVIII reprend la pièce en 1816, avec ses armes et une tranche latine ; Lille assure en 1818 son plus gros tirage. Charles X la fait frapper de 1824 à 1830 sous deux portraits successifs, et Marseille en livre un millier en 1830. Louis-Philippe la garde de 1831 à 1839, presque uniquement à Paris, avec de petites séries à Rouen et Bayonne. Ensuite, la France cesse de frapper le 40 francs ; le Second Empire choisira des modules de 50 et de 100 francs. Au total, à peine plus de 5 millions de pièces, bien moins que les 20 francs de la même époque.
Les millésimes à regarder deux fois
La Restauration concentre les très petits tirages : 373 pièces pour 1822, 161 pour 1823, 62 pour 1826 et 106 pour 1827, toutes à Paris. Sous l'Empire, 1810 K (Bordeaux, 886 pièces) et 1807 U (Turin, 619) sont aussi recherchés des collectionneurs.
Plusieurs variétés se lisent sur la tranche ou dans les petits signes. Le 1830 de Charles X existe avec une tranche en creux, une tranche en relief (1 324 pièces) et une tranche lisse au tirage inconnu. Sur certains 1811 de Paris, la lettre d'atelier est regravée sur le coq, et l'inscription de tranche est parfois décalée faute de place. L'an XI se rencontre avec ou sans olive au revers, et une variété n'a pas de point après le coq. Le 1824 de Louis XVIII porte trois points, un point ou aucun après la légende.
Ces dates rares sont aussi celles que l'on falsifie. Sur un 1823, un 1826 ou un 1827, examinez chaque chiffre : une retouche sur une date commune est un procédé ancien. Contrôlez ensuite 12,90 g et 26 mm, la régularité des lettres de tranche et la netteté de la chevelure. Le guide sur les fausses pièces détaille ces vérifications.
L'usure sur un grand module
Un 40 francs a souvent voyagé en sac avec d'autres pièces lourdes. Les chocs sur le listel et les marques dans les champs sont donc fréquents, et ils comptent autant que l'usure des reliefs pour juger l'état.
Sur l'avers, regardez la chevelure au-dessus de l'oreille et la joue. Les lauriers de Napoléon perdent d'abord leurs nervures, puis les feuilles se fondent entre elles. Chez Louis XVIII et Charles X, les mèches du front et de la tempe s'aplatissent ; chez Louis-Philippe, les boucles de la nuque. Au revers, la couronne de feuillage, ou l'écu couronné de la Restauration avec ses lis et les perles de sa couronne, s'effacent tôt.
Une pièce percée, soudée ou montée en broche intéresse beaucoup moins un collectionneur, mais elle reste à identifier. Présentez-la telle quelle, sans nettoyage : voyez le guide des états de conservation et la page sur le nettoyage des pièces.