Trois questions pour mettre un nom sur la pièce
Devant une boîte de monnaies anciennes héritée d'une maison de l'arrière-pays, commencez par trier selon le métal et la taille. Une grande pièce de laiton épaisse, qui dépasse souvent 3 cm de diamètre, est souvent un sesterce. Une pièce d'argent de la taille d'un ongle est en général un denier. Une petite pièce brune, mince, avec un portrait à couronne de rayons, appartient très souvent au IIIe siècle (antoninien) ; plus petite encore et en bronze, au IVe siècle (follis et ses successeurs).
Deuxième question : qui est représenté ? Le nom se lit à l'avers, entre les titres. Il vient souvent après « IMP CAES » ou avant « AVG ». Une couronne radiée signale en principe une dénomination double (antoninien, dupondius), une couronne de laurier une dénomination simple.
Troisième question : où et quand ? Sur les bronzes tardifs, les lettres de l'exergue désignent l'atelier, souvent précédées ou suivies d'une lettre d'officine : « ARL » ou « CONST » pour Arles, « LVG » pour Lyon, « TR » pour Trèves. Avec ces trois éléments, la recherche dans le RIC ou sur Numista devient possible. Les monnaies de la même époque frappées dans l'Orient grec, à légende grecque, se rangent à part (voir les monnaies grecques).
À la loupe : antique, imitation ou souvenir ?
Une monnaie romaine peut être fausse de trois façons. D'abord par une copie d'époque. Les deniers fourrés, faits d'un cœur de cuivre sous une mince feuille d'argent, circulaient déjà dans l'Antiquité : une écaille ou une fente laisse voir le métal rouge. Quand la monnaie officielle manquait dans les provinces de l'Ouest, des ateliers locaux ont aussi produit des bronzes et des antoniniens d'imitation, plus petits, au dessin malhabile et aux légendes fautives. Ils ont leur intérêt propre, mais ne se confondent pas avec les émissions officielles.
Ensuite par une création ancienne pour amateurs. Au XVIe siècle, Giovanni da Cavino, à Padoue, grave des sesterces à l'antique ; certains reprennent des types qui n'ont jamais été frappés, comme un sesterce d'Othon. Au XIXe siècle, Carl Wilhelm Becker fabrique à son tour des coins imitant des monnaies antiques. Ces pièces, et les surmoulages qui en ont été tirés, reviennent régulièrement dans les vieilles collections.
Enfin par un faux moderne ou un objet souvenir. Sous la loupe, une copie moulée montre une surface grenue, des piqûres, des lettres empâtées et une jointure sur la tranche. Les copies frappées récentes sont plus soignées, mais leur patine paraît trop égale ou poudreuse. Les médailles au profil d'empereur vendues dans les boutiques de sites ont un flan rond au millimètre et un métal trop jaune. Le guide reconnaître une fausse pièce détaille ces contrôles.
Usure, patine, centrage : décrire l'état
Le vocabulaire des états (TB, TTB, SUP) s'applique aux monnaies antiques, mais on n'y juge pas les mêmes choses que sur un franc du XXe siècle. Au droit, suivez le portrait : l'œil, l'oreille, les boucles de la chevelure et les feuilles de la couronne s'effacent en premier. Au revers, la tête et le torse de la figure, puis les plis du drapé.
Deux critères pèsent autant que l'usure. Le centrage d'abord : le flan était souvent plus petit que le coin ou mal placé, si bien qu'une partie de la légende, parfois le nom de l'empereur, sort du champ. La patine ensuite, sur les bronzes : verte, brune ou noire, elle s'est formée pendant des siècles dans le sol. Lisse et stable, elle protège la pièce ; écaillée, ou piquée de points vert clair pulvérulents, elle signale une corrosion qui continue d'agir et qu'il faut montrer à un numismate.
La règle la plus utile tient en une phrase : ne frottez rien. Un bronze décapé perd sa patine pour toujours, un denier passé au produit d'argenterie prend un brillant qui le rend suspect. Les guides états de conservation et nettoyer une pièce expliquent pourquoi.
Repères chronologiques, de la République à Constantin
- Vers 211 av. J.-C. : pendant la deuxième guerre punique, Rome crée le denier d'argent. Sous la République, les magistrats monétaires choisissent les types, souvent pour honorer leurs ancêtres.
- Fin du Ier siècle av. J.-C. : César puis Auguste fixent un système durable, de l'aureus d'or à l'as de cuivre ; le portrait du prince devient la règle. Lyon frappe dès le règne d'Auguste.
- 64 : Néron allège l'aureus et le denier.
- 215 : sous Caracalla apparaît l'antoninien. Au fil des crises du IIIe siècle, sa teneur en argent s'effondre.
- 294 : Dioclétien refond le système autour d'un bronze argenté, le follis, et multiplie les ateliers marqués à l'exergue.
- Vers 309-310 : Constantin lance à Trèves le solidus d'or, qui gardera son poids pendant des siècles dans l'Empire byzantin. Arles et Trèves comptent alors parmi les grands ateliers d'Occident.
Reste la question de l'origine. Une monnaie romaine se transmet légalement par héritage, ancienne collection ou achat chez un professionnel. Prospecter au détecteur de métaux à la recherche d'objets archéologiques suppose une autorisation préfectorale (article L542-1 du Code du patrimoine), et une découverte fortuite se déclare en mairie (article L531-14). Gardez tout papier qui raconte d'où vient un lot. Pour les autres périodes, voir les monnaies anciennes.