Est-ce bien gaulois ? Les signes qui ne trompent pas
Dans une boîte de pièces anciennes retrouvée lors d'une succession, la monnaie gauloise est souvent la plus déroutante. Trois indices la signalent. Le dessin, d'abord : la tête et le cheval sont stylisés au point de devenir des motifs, faits de croissants, de globules et de lignes. L'absence de légende, ensuite : la très grande majorité des types n'ont aucune lettre, et les rares inscriptions donnent un nom de chef ou de peuple. Le flan, enfin : épais, bombé, plus petit que le dessin qu'il porte.
Le métal oriente vers une famille. L'or et l'électrum, souvent pâles ou rougeâtres, désignent les statères et leurs quarts. L'argent, en petites pièces de la taille d'un ongle, correspond aux deniers et quinaires du centre-est. Le bronze frappé et surtout le potin, coulé dans un alliage riche en étain, servaient aux échanges courants.
Deux familles prêtent à confusion. Les monnaies de Marseille, oboles et drachmes d'argent au style grec, portent souvent des lettres grecques et relèvent des monnaies grecques. Les petits bronzes romains très usés, et surtout les imitations coulées du IIIe siècle, se reconnaissent à une trace de portrait impérial ou de lettres latines : voir les monnaies romaines.
Trois siècles de monnayage, du statère au potin
La monnaie arrive en Gaule par Marseille, colonie grecque qui frappe oboles et drachmes dès le VIe siècle avant notre ère. Les peuples de la vallée du Rhône s'y habituent les premiers. Mais le monnayage proprement gaulois naît d'un autre modèle : le statère d'or de Philippe II de Macédoine, rapporté par les mercenaires celtes et le commerce. À partir du IIIe siècle, chaque peuple le copie, puis le déforme à sa manière, jusqu'à ne garder du char qu'un cheval et de l'aurige qu'un trait.
Aux IIe et Ier siècles, le système s'enrichit. Le centre-est frappe de petites pièces d'argent dont le poids s'aligne sur le quinaire romain. Partout, les bronzes frappés et les potins coulés répondent aux besoins quotidiens. Quelques chefs inscrivent leur nom : Vercingétorix chez les Arvernes, Togirix et Q. Docius chez les Séquanes, dont des pièces ont été retrouvées dans les fossés d'Alésia.
Après la guerre des Gaules, les émissions s'espacent puis s'éteignent au début du Ier siècle de notre ère, quand la monnaie romaine les remplace. Comme pour toute monnaie antique, une origine licite s'impose : la recherche au détecteur de métaux d'objets archéologiques demande une autorisation (article L542-1 du Code du patrimoine). D'autres repères figurent dans la rubrique monnaies anciennes.
Dans le Sud-Est, l'ombre de Marseille
La Provence orientale a une histoire monétaire différente du reste de la Gaule. Les peuples qui l'habitaient, que les auteurs antiques appellent Ligures, vivaient au contact direct des comptoirs grecs fondés par Marseille sur la côte, comme Antipolis (Antibes) et Nikaia (Nice). La monnaie qui circulait le plus dans cette zone était celle de Massalia : petites oboles d'argent à la roue, drachmes à la tête d'Artémis et au lion, puis petits bronzes au taureau cornupète, frappés aux IIe et Ier siècles avant notre ère et largement imités dans le Midi.
Les grands statères d'or à la tête et au cheval, typiques du centre et du nord de la Gaule, n'ont donc pas leur origine dans la région. Quand on les rencontre dans une famille du pays de Grasse, ils proviennent le plus souvent d'une ancienne collection constituée ailleurs, ce qui n'enlève rien à leur intérêt.
Pour une pièce de petit module en argent ou en bronze, la frontière entre « grecque de Marseille » et « gauloise d'imitation » est parfois ténue : poids, lettres grecques plus ou moins lisibles, qualité du style. C'est un cas où la comparaison avec les catalogues, menée avec un numismate, apporte beaucoup.
Classer une pièce et écarter les copies
Chaque type gaulois se divise en classes : un globule supplémentaire, une mèche de plus ou un symbole sous le cheval changent l'attribution. Pour le seul potin des Leuques, les catalogues de CGB distinguent plus d'une dizaine de classes. L'identification passe donc par une comparaison point par point avec les planches du La Tour et du Delestrée-Tache.
L'état se juge d'abord sur la part du type visible. Au droit, la ligne du profil, l'œil et les mèches s'usent en premier ; au revers, la tête et les pattes du cheval, puis les symboles. Une pièce où le cheval apparaît en entier sur le flan est recherchée, même légèrement usée. Les potins, aux contours mous dès la coulée, sont rarement nets. Sur le bronze et le potin, une patine stable est bon signe ; une poudre vert clair ou des cratères signalent une corrosion active.
Les statères d'or sont les plus imités : pièces fourrées dès l'Antiquité, copies modernes coulées à surface granuleuse et relief mou, copies frappées plus convaincantes. Un poids anormal, un or trop vif, un dessin trop régulier doivent alerter, de même que les reproductions en laiton des boutiques de musées. Ne nettoyez rien : les dépôts de terre aident aussi à juger l'authenticité. Voir reconnaître une fausse pièce et états de conservation.