Une cité, un emblème : la première lecture
Face à une monnaie grecque, inutile de chercher une date ou un chiffre de dénomination. On commence par l'image du revers, qui désigne la cité aussi sûrement qu'un blason : chouette pour Athènes, tortue pour Égine, pégase pour Corinthe, crabe pour Akragas, lion ou roue pour Marseille. Quand une légende existe, elle est courte et en lettres grecques, souvent les premières lettres du nom des habitants, comme « ΑΘΕ » pour les Athéniens.
Vient ensuite la balance. Chaque cité suivait un étalon, et le poids aide à nommer la pièce. Dans l'étalon attique, la drachme pèse environ 4,3 g et le tétradrachme environ 17,2 g ; à Égine, le statère monte à 12,2 g ; à Corinthe, il descend à 8,6 g, soit trois drachmes. Une balance au centième de gramme suffit pour un premier tri.
Dernier indice : la langue de la légende et le portrait. Si l'avers montre un empereur romain accompagné de lettres grecques, la pièce a été frappée dans l'Orient romain : elle se range avec les monnaies romaines provinciales. Une croix ou un Christ en majesté orientent vers Byzance, bien plus tard.
Des globules d'électrum aux portraits des rois
Les premières pièces apparaissent autour de 600 avant notre ère, en Lydie et dans les cités grecques d'Ionie. Ce sont de petits lingots d'électrum, mélange naturel d'or et d'argent ; les plus anciens connus ont été mis au jour sous le temple d'Artémis, à Éphèse. Le roi lydien Crésus sépare ensuite les deux métaux.
Le monde grec choisit l'argent. Égine frappe ses tortues vers 550, puis Athènes, riche des mines du Laurion, émet à partir de 515 environ des chouettes qui servent de monnaie d'échange dans toute la Méditerranée. En Sicile, Syracuse fait graver à la fin du Ve siècle des décadrachmes signés par leurs artistes.
Au IVe siècle, la Macédoine change d'échelle. Philippe II lance un statère d'or très diffusé, que les Gaulois copieront. Son fils Alexandre impose un tétradrachme à Héraclès et Zeus, frappé dans des dizaines d'ateliers et repris par ses successeurs pendant deux siècles. Les royaumes nés de son empire placent enfin le portrait du souverain sur la monnaie. Après Actium, en 31 avant notre ère, les cités grecques de l'Orient passent sous l'autorité de Rome et ne frappent plus guère que des bronzes à légende grecque.
Marseille et Antibes, les monnaies grecques de Provence
Fondée par des Grecs de Phocée vers 600 avant notre ère, Massalia a frappé monnaie très tôt. Un trésor découvert à Auriol en 1867 a livré de minuscules oboles archaïques, dont un type au lion daté vers 500-470. La cité produit ensuite des oboles à la roue, tête au droit et roue à quatre rayons au revers, puis une drachme à la tête d'Artémis et au lion, d'environ 3,7 g, frappée probablement au IIIe siècle, et enfin des petits bronzes au taureau cornupète, qui ont circulé et ont été imités dans tout le Midi.
Ces monnaies ont servi de modèle aux peuples voisins : on trouve des imitations de drachmes et d'oboles massaliètes dans la vallée du Rhône (voir les monnaies gauloises). Elles posent des questions d'attribution délicates, qu'un numismate tranche en comparant poids, style et lettres.
Antipolis, colonie de Marseille, a elle aussi émis une petite série : des bronzes à la tête d'Athéna et à la Victoire, au nom de Lépide, qui portent les lettres « ANT ». Ils datent du milieu du Ier siècle avant notre ère, quand la ville sort de la tutelle de Marseille.
Ce que révèle la loupe : usure, entailles et copies
Le haut relief des monnaies grecques les expose à l'usure. Sur Athéna, regardez l'œil, les feuilles d'olivier du casque, la boucle d'oreille ; sur Héraclès, les mèches de la peau de lion ; sur Aréthuse, les cheveux et les dauphins. Au revers, les plumes de la chouette, le bras de Zeus et les pattes des chevaux disparaissent les premiers. Un tétradrachme bien centré, frappé avec un coin frais, reste peu fréquent. Les entailles d'essai, les marques de changeurs et les traces de monture en bijou sont à noter, car elles comptent dans la description.
L'argent antique se couvre d'une patine grise, parfois irisée. Une pièce d'un blanc brillant a presque toujours été nettoyée. Ne la nettoyez pas davantage (voir le guide états de conservation).
Côté copies, la liste est longue : pièces fourrées dès l'Antiquité, centaines de coins gravés par Carl Wilhelm Becker au début du XIXe siècle, copies frappées récentes visant les chouettes, les décadrachmes et les portraits royaux. Les chouettes souvenirs vendues en Grèce, rondes et luisantes, ne trompent qu'au premier regard. Méfiez-vous d'un poids loin de l'étalon, d'un dessin sec, d'une patine uniforme. Le guide reconnaître une fausse pièce reprend ces vérifications.