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Monnaies anciennes

Monnaies grecques

VIe-Ier s. av. J.-C.

Fiche rédigée par l'équipe de Maison Or & Bijoux Mougins · mise à jour le

Tétradrachme d’Athènes en argent, tête d’Athéna casquée, aversTétradrachme d’Athènes en argent, chouette et rameau d’olivier, revers
Photos : ArchaiOptix, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons, détourées sur fond noir (adaptation sous la même licence).
Fiche technique
MétauxÉlectrum (or et argent), argent surtout, or plus rarement, bronze
PériodeAutour de 600 av. J.-C. – Ier siècle av. J.-C. (puis monnaies provinciales)
Étalon attiqueDrachme d'environ 4,3 g, tétradrachme d'environ 17,2 g, obole 1/6 de drachme
Étalon éginétiqueStatère (didrachme) d'environ 12,2 g
Étalon corinthienStatère d'environ 8,6 g, soit trois drachmes de 2,9 g
Marseille (Massalia)Oboles d'argent, drachme lourde d'environ 3,7 g, petits bronzes
FabricationFrappe au marteau entre deux coins, flan souvent irrégulier
RéférencesSNG, BMC, Sear
Catégoriesanciennes

Les cités grecques ont inventé la pièce de monnaie et chacune a signé la sienne d'un emblème : une chouette pour Athènes, une tortue pour Égine, un pégase pour Corinthe. Ces pièces d'argent épaisses, sans date et souvent décentrées, se reconnaissent à leur relief vigoureux. Les plus répandues sont les tétradrachmes d'Athènes et d'Alexandre ; en Provence, on pense aussi aux petites monnaies de Marseille.

Identification

Monnaies grecques : reconnaître la pièce

Tétradrachme d’Athènes en argent, tête d’Athéna casquée, avers

Avers

Généralement le dieu ou la déesse qui protège la cité : tête casquée d'Athéna pour Athènes, nymphe Aréthuse cernée de dauphins pour Syracuse, Héraclès sous la dépouille du lion pour les tétradrachmes d'Alexandre, Artémis ou Apollon pour Marseille. Dès la fin du IVe siècle avant notre ère, les souverains hellénistiques y mettent leur propre visage.

Tétradrachme d’Athènes en argent, chouette et rameau d’olivier, revers

Revers

L'animal ou l'objet emblème de la cité, ou une scène : chouette, rameau d'olivier et lettres « ΑΘΕ » pour Athènes, Zeus trônant accompagné du nom d'Alexandre, lion ou roue pour Marseille, attelage à deux ou quatre chevaux. Les pièces archaïques ont au revers un simple poinçon en creux.

Tranche
Bord irrégulier, parfois fissuré, car le flan était coulé puis frappé à chaud au marteau. Une entaille profonde sur un tétradrachme est souvent une marque d'essai antique, faite pour s'assurer que l'argent était plein.
Graveur
Le plus souvent inconnu. À Syracuse, à la fin du Ve siècle avant notre ère, Kimon et Euainétos ont laissé leur nom sur certains coins. Catalogues de référence : SNG (Sylloge Nummorum Graecorum), BMC, Sear.
Millésimes et tirages

Monnaies grecques : les dates à connaître

Une monnaie grecque ne porte jamais d'année. Sa place dans le temps se déduit de la cité qui l'a émise, de son style et des petits symboles ou monogrammes laissés par les magistrats. Le tableau suit l'ordre chronologique et ajoute, à la fin, les types frappés à Marseille et à Antibes, les plus proches de la région.

Monnaies grecques : millésimes et tirages
MonnaieCité ou royaumeMétalPériodeRemarque
Statère d'électrumLydie, cités d'IonieÉlectrumAutour de 600 av. J.-C.Premières monnaies connues, retrouvées notamment à Éphèse.
Statère à la tortueÉgineArgentVers 550 av. J.-C. et aprèsEnviron 12,2 g ; tortue de mer, puis tortue terrestre.
Statère au pégaseCorintheArgentVIe – IVe s. av. J.-C.Environ 8,6 g ; Athéna casquée au revers.
Tétradrachme à la chouetteAthènesArgentVers 515 av. J.-C. – IVe s.Environ 17,2 g ; argent des mines du Laurion ; lettres ΑΘΕ.
DrachmeNombreuses citésArgentToute la périodeEnviron 4,3 g dans l'étalon attique.
OboleNombreuses citésArgent, puis bronzeToute la période1/6 de drachme, environ 0,7 g en étalon attique.
DécadrachmeSyracuseArgentFin du Ve s. av. J.-C.Dix drachmes ; coins signés par Kimon et Euainétos.
Statère d'or de Philippe IIMacédoineOrVers 355 – 347 av. J.-C. et aprèsApollon et char à deux chevaux ; copié par les Gaulois.
Tétradrachme d'AlexandreMacédoine, puis ses successeursArgentFin du IVe s. – IIe s. av. J.-C.Héraclès et Zeus trônant ; frappé deux siècles après sa mort.
Tétradrachme « nouveau style »AthènesArgentVers 185 – 42 av. J.-C.Flan large et mince, chouette sur une amphore.
Tétradrachmes au portrait royalRoyaumes hellénistiquesArgentIIIe – Ier s. av. J.-C.Portraits des rois séleucides, lagides, de Bactriane…
Obole au lion (type d'Auriol)MarseilleArgentVers 500 – 470 av. J.-C.Environ 1,1 g ; 31 exemplaires de ce type dans le trésor d'Auriol, découvert en 1867.
Obole à la roueMarseilleArgentVers 350 – 220 av. J.-C.Tête au droit, roue à quatre rayons au revers.
Drachme lourdeMarseilleArgentIIIe s. av. J.-C. probablementEnviron 3,7 g ; tête d'Artémis, lion marchant à droite.
Petit bronze au taureau cornupèteMarseilleBronzeIIe – Ier s. av. J.-C.Tête d'Apollon, taureau tête baissée ; très imité.
Petit bronze de LépideAntipolis (Antibes)BronzeMilieu du Ier s. av. J.-C.Tête d'Athéna, Victoire ; légendes LEPI et ANT.

Étalons, poids et dates d'après Wikipédia (EN), « Ancient Greek coinage », « Tetradrachm » et « Philippeioi ». Pour Marseille : notices CGB (obole à la roue), Nomos (obole d'Auriol), article de la Revue numismatique (2018) sur la drachme lourde, publication des monnaies de l'oppidum d'Aumes (bronzes au taureau). Bronze de Lépide : Wikipédia (FR), « Antipolis ». Poids théoriques, dates arrondies.

Une cité, un emblème : la première lecture

Face à une monnaie grecque, inutile de chercher une date ou un chiffre de dénomination. On commence par l'image du revers, qui désigne la cité aussi sûrement qu'un blason : chouette pour Athènes, tortue pour Égine, pégase pour Corinthe, crabe pour Akragas, lion ou roue pour Marseille. Quand une légende existe, elle est courte et en lettres grecques, souvent les premières lettres du nom des habitants, comme « ΑΘΕ » pour les Athéniens.

Vient ensuite la balance. Chaque cité suivait un étalon, et le poids aide à nommer la pièce. Dans l'étalon attique, la drachme pèse environ 4,3 g et le tétradrachme environ 17,2 g ; à Égine, le statère monte à 12,2 g ; à Corinthe, il descend à 8,6 g, soit trois drachmes. Une balance au centième de gramme suffit pour un premier tri.

Dernier indice : la langue de la légende et le portrait. Si l'avers montre un empereur romain accompagné de lettres grecques, la pièce a été frappée dans l'Orient romain : elle se range avec les monnaies romaines provinciales. Une croix ou un Christ en majesté orientent vers Byzance, bien plus tard.

Des globules d'électrum aux portraits des rois

Les premières pièces apparaissent autour de 600 avant notre ère, en Lydie et dans les cités grecques d'Ionie. Ce sont de petits lingots d'électrum, mélange naturel d'or et d'argent ; les plus anciens connus ont été mis au jour sous le temple d'Artémis, à Éphèse. Le roi lydien Crésus sépare ensuite les deux métaux.

Le monde grec choisit l'argent. Égine frappe ses tortues vers 550, puis Athènes, riche des mines du Laurion, émet à partir de 515 environ des chouettes qui servent de monnaie d'échange dans toute la Méditerranée. En Sicile, Syracuse fait graver à la fin du Ve siècle des décadrachmes signés par leurs artistes.

Au IVe siècle, la Macédoine change d'échelle. Philippe II lance un statère d'or très diffusé, que les Gaulois copieront. Son fils Alexandre impose un tétradrachme à Héraclès et Zeus, frappé dans des dizaines d'ateliers et repris par ses successeurs pendant deux siècles. Les royaumes nés de son empire placent enfin le portrait du souverain sur la monnaie. Après Actium, en 31 avant notre ère, les cités grecques de l'Orient passent sous l'autorité de Rome et ne frappent plus guère que des bronzes à légende grecque.

Marseille et Antibes, les monnaies grecques de Provence

Fondée par des Grecs de Phocée vers 600 avant notre ère, Massalia a frappé monnaie très tôt. Un trésor découvert à Auriol en 1867 a livré de minuscules oboles archaïques, dont un type au lion daté vers 500-470. La cité produit ensuite des oboles à la roue, tête au droit et roue à quatre rayons au revers, puis une drachme à la tête d'Artémis et au lion, d'environ 3,7 g, frappée probablement au IIIe siècle, et enfin des petits bronzes au taureau cornupète, qui ont circulé et ont été imités dans tout le Midi.

Ces monnaies ont servi de modèle aux peuples voisins : on trouve des imitations de drachmes et d'oboles massaliètes dans la vallée du Rhône (voir les monnaies gauloises). Elles posent des questions d'attribution délicates, qu'un numismate tranche en comparant poids, style et lettres.

Antipolis, colonie de Marseille, a elle aussi émis une petite série : des bronzes à la tête d'Athéna et à la Victoire, au nom de Lépide, qui portent les lettres « ANT ». Ils datent du milieu du Ier siècle avant notre ère, quand la ville sort de la tutelle de Marseille.

Ce que révèle la loupe : usure, entailles et copies

Le haut relief des monnaies grecques les expose à l'usure. Sur Athéna, regardez l'œil, les feuilles d'olivier du casque, la boucle d'oreille ; sur Héraclès, les mèches de la peau de lion ; sur Aréthuse, les cheveux et les dauphins. Au revers, les plumes de la chouette, le bras de Zeus et les pattes des chevaux disparaissent les premiers. Un tétradrachme bien centré, frappé avec un coin frais, reste peu fréquent. Les entailles d'essai, les marques de changeurs et les traces de monture en bijou sont à noter, car elles comptent dans la description.

L'argent antique se couvre d'une patine grise, parfois irisée. Une pièce d'un blanc brillant a presque toujours été nettoyée. Ne la nettoyez pas davantage (voir le guide états de conservation).

Côté copies, la liste est longue : pièces fourrées dès l'Antiquité, centaines de coins gravés par Carl Wilhelm Becker au début du XIXe siècle, copies frappées récentes visant les chouettes, les décadrachmes et les portraits royaux. Les chouettes souvenirs vendues en Grèce, rondes et luisantes, ne trompent qu'au premier regard. Méfiez-vous d'un poids loin de l'étalon, d'un dessin sec, d'une patine uniforme. Le guide reconnaître une fausse pièce reprend ces vérifications.

À Mougins

Monnaies grecques en Côte d'Azur

Mougins est à quelques kilomètres d'Antibes, l'ancienne Antipolis, établie par les Grecs de Marseille, probablement au IVe siècle avant notre ère selon les recherches récentes. Vers le milieu du IIe siècle, les Oxybiens et les Déciates, peuples ligures de l'arrière-pays, attaquèrent Antipolis et Nikaia (Nice) ; Marseille appela Rome, et le consul Quintus Opimius les battit en 154 avant notre ère. Le village a accueilli de 2011 à 2023 un musée d'art classique présentant des antiquités grecques, romaines et égyptiennes, transformé depuis en musée consacré aux femmes artistes.

Monnaies grecques : questions fréquentes

Comment savoir si ma petite pièce d'argent vient de Marseille ?

Regardez le revers : une roue à quatre rayons, un lion ou les lettres MA orientent vers Massalia. Le poids aide aussi, une obole ne pèse qu'un gramme environ. Les imitations régionales compliquent l'attribution, d'où l'intérêt de comparer avec les catalogues.

Pourquoi les monnaies grecques sont-elles si souvent décentrées ?

Le flan était posé à la main, chaud, entre deux coins, puis frappé au marteau. Le coin, souvent plus large que le flan, débordait facilement d'un côté.

Qu'est-ce qu'un étalon monétaire ?

Le poids de référence choisi par une cité pour ses pièces. Une drachme attique pèse environ 4,3 g, tandis que le statère de Corinthe fait 8,6 g, soit trois drachmes plus légères.

Les lettres ΑΘΕ figurent sur ma pièce : est-elle athénienne ?

Elles désignent Athènes, mais des chouettes ont aussi été frappées hors de la cité, dans l'Antiquité, et beaucoup de reproductions modernes reprennent ces lettres. Le style, le poids et le flan permettent de faire la différence.